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Festival ZERO1 Médiation

RE.FLEX.ION : ORCA / Entendre ce que l’on ne peut pas entendre

Il y a des œuvres qui posent une question avant même qu’on ait eu le temps de s’installer. Re.flex.ion : Orca est de celles-là. Dès que l’on entre dans l’espace sonore qu’Alba Vega Mulet a construit, quelque chose se produit qui n’est pas tout à fait de l’ordre de l’écoute ordinaire. On ne reçoit pas un son. On est placé à l’intérieur d’une condition acoustique. Et cette condition est celle d’un enfermement.

Le projet part d’un fait simple et vertigineux : les orques sont des êtres sonores. La communication, l’orientation, la relation sociale, la perception du monde – tout passe, chez elles, par le son. Quand on les place dans un bassin de béton et de verre, on ne les prive pas seulement d’espace. On les place dans un environnement acoustiquement hostile, où les ondes se réfléchissent sur les parois, se superposent, se brouillent, transforment ce qui était langage en cacophonie. Ce que l’œuvre propose, c’est de rendre cette expérience perceptible à une oreille humaine.

Ce geste de traduction est au cœur de tout le projet. Non pas une explication, non pas une démonstration scientifique, mais une mise à l’échelle : l’espace acoustique du bassin de captivité est modélisé aux proportions du corps humain, de sorte que le public vive, le temps de l’installation, quelque chose d’analogue à ce que vivent ces animaux. En contraste, l’œuvre donne aussi à entendre la richesse sonore de l’environnement naturel – les échanges, les appels, la densité d’une communication intacte. L’écart entre les deux états est la pièce elle-même.

Ce qui m’a frappé lors de la présentation au Festival ZERO1, c’est la précision du dispositif. Re.flex.ion : Orca ne cherche pas à émouvoir par des moyens faciles. Il ne convoque pas d’images de souffrance visible, ne mobilise pas de rhétorique militante directe. Il fait quelque chose de plus difficile et de plus juste : il construit les conditions d’une expérience empathique à partir d’une réalité physique, acoustique, mesurable. La souffrance n’est pas montrée. Elle est rendue perceptible par ses effets sur le son. Et c’est précisément pour cela qu’elle atteint.

Développé initialement au Spatial Sound Institute de Budapest en 2020, dans le cadre d’une résidence artistique, le projet s’appuie sur des collaborations avec des chercheurs, des spécialistes du son spatial, des scientifiques marins et des archives sonores – notamment celles de Smithsonian Folkways. Cette généalogie compte. Elle dit quelque chose sur la manière dont Alba Vega Mulet travaille : à la frontière entre art sonore, recherche acoustique et engagement environnemental, sans jamais sacrifier l’un à l’autre.

Dans le contexte du Festival ZERO1, Re.flex.ion : Orca incarnait quelque chose que nous cherchons à défendre depuis le début : la possibilité que l’art ne serve pas à illustrer la science, mais à rendre accessible ce que la science seule ne peut pas transmettre. Ici, ce n’est pas la connaissance des orques qui est en jeu – on peut la trouver dans des livres, des documentaires, des articles. C’est l’expérience de leur condition. Et cette expérience, seule une forme artistique peut la produire.

La question posée par l’œuvre – comment représenter l’inaudible ? – est aussi, au fond, la question qui traverse tout notre travail de médiation. Comment faire exister, pour un public qui n’y a pas accès directement, une réalité qui se dérobe aux sens ? Comment construire des dispositifs qui ne simplifient pas, mais qui traduisent ? Comment créer les conditions d’une rencontre avec ce qui est, d’ordinaire, hors de portée ?

Re.flex.ion : Orca y répond avec une économie de moyens et une densité conceptuelle qui méritaient d’être notées ici, pour ne pas les oublier.