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Médiation

Ce que l’échec m’a appris à formuler

La première fois, je n’avais pas compris ce qu’on me demandait.

Ce n’est pas une formule d’humilité. C’est un constat assez précis. Quand j’ai déposé une première candidature à la labellisation SAPS, en tant que vice-président Culture de La Rochelle Université, j’avais répondu à l’appel comme on répond souvent à ce type de convocation institutionnelle : en faisant l’inventaire de ce qui existait déjà, en montrant la cohérence des actions engagées, en valorisant les partenariats, les réseaux, les dynamiques en cours. C’était un dossier sérieux, bien construit, honnête dans sa description de la réalité de l’établissement. Mais ce n’était pas ce que le jury cherchait. Il cherchait quelque chose d’autre – une vision, une proposition, quelque chose qui n’existait pas encore et qui méritait d’être soutenu pour exister.

Le refus, quand il est arrivé, avait quelque chose d’inattendu : il s’accompagnait d’un encouragement explicite, écrit, et d’un soutien financier forfaitaire pour déposer à nouveau lors de la deuxième vague. Ce n’était pas une consolation. C’était, à sa façon, un diagnostic. Le ministère nous disait : vous avez quelque chose, mais vous ne l’avez pas encore trouvé.

J’ai pris ce message au sérieux. Et j’ai décidé, cette fois, de ne pas partir de ce qui existait. De partir de ce qui manquait.

Ce qui manquait, je le savais depuis un moment. Depuis le Biolaboratoire mobile, depuis les conversations avec les équipes du Parc naturel marin, depuis les visites dans des communes rurales où la question de la médiation scientifique se posait de manière complètement différente qu’en ville. Ce qui manquait, c’était un dispositif pensé dès le départ pour les marges – pas un grand projet que l’on déplacerait ensuite vers les périphéries, mais quelque chose de léger, de modulaire, de reproductible, capable de s’installer dans une médiathèque de deux mille habitants aussi bien que dans un centre social ou un café associatif. J’avais commencé à griffonner des formes, à dessiner des architectures possibles, à noter des intuitions dans des carnets. Le concept de nano-musée existait, mais à l’état de brouillon – quelques croquis, quelques paragraphes, une conviction que ça tenait sans savoir encore très bien pourquoi ni comment.

La deuxième candidature m’a obligé à le savoir.

Je me suis retrouvé seul pour écrire ce dossier. Pas par abandon – la présidence et les collègues étaient mobilisés sur d’autres urgences, d’autres appels, d’autres échéances. Mais cette solitude a eu un effet que je n’avais pas anticipé : elle m’a forcé à aller jusqu’au bout de mes propres arguments, sans pouvoir déléguer les passages difficiles, sans pouvoir diluer les tensions dans un texte collectif. Quand on écrit seul un dossier de cette nature, on ne peut pas se cacher derrière le pluriel institutionnel. On est obligé de défendre ce en quoi on croit vraiment, et de trouver les mots pour le faire comprendre à quelqu’un qui n’était pas là quand l’idée a germé.

Ce travail d’écriture a été, dans ce sens, un acte de clarification. Formuler le nano-musée pour un jury inconnu m’a obligé à distinguer ce qui relevait de la conviction personnelle de ce qui pouvait être argumenté, ce qui était encore de l’ordre de l’esquisse de ce qui était déjà de l’ordre du projet. Il m’a obligé à articuler l’idée avec l’écosystème de l’université – la thématique LUDI, le réseau ESCAL’Océan, les dynamiques territoriales – sans la laisser se dissoudre dans cet écosystème, sans perdre ce qui en faisait la singularité : cette orientation résolue vers les publics que les dispositifs institutionnels n’atteignent pas.

En avril 2022, le label a été obtenu. Ce qui m’a le plus frappé, rétrospectivement, c’est que l’échec de la première tentative avait été nécessaire. Pas comme épreuve rhétorique, mais vraiment : sans ce premier refus, sans l’encouragement paradoxal qui l’accompagnait, sans la solitude de la deuxième écriture, le nano-musée serait peut-être resté dans les carnets encore longtemps. L’institution, en ne disant pas oui tout de suite, m’avait donné le temps – et la pression – de trouver ce que je voulais vraiment proposer.

Reste maintenant à le construire.