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La Rochelle Université obtient la labellisation SAPS

L’obtention du Label SAPS – Science avec et pour la société marque une étape importante pour les projets que nous développons depuis plusieurs années autour des arts, des sciences, des technologies et de la médiation. Le projet retenu, centré notamment sur la création d’un nano-musée de la mer et du littoral, ne surgit pas comme une idée isolée. Il est plutôt le résultat d’un cheminement commencé plusieurs années plus tôt, au croisement de la création artistique, de la culture scientifique, des données, des milieux littoraux et des publics.

Depuis 2015, plusieurs projets nous ont obligés à revenir, chaque fois autrement, à une même question : comment faire circuler les savoirs scientifiques sans les réduire à des contenus à transmettre ? Comment les rendre sensibles, situés, appropriables ? Comment construire des formes de médiation qui ne soient pas seulement des explications, mais des expériences ?

Le Biolaboratoire mobile a joué ici un rôle décisif. Il a permis de formuler une intuition qui, jusque-là, restait peut-être encore diffuse : il ne suffit pas de demander aux publics de venir vers la culture scientifique. Il faut aussi que la culture scientifique accepte de se déplacer. Aller vers les publics ne signifie pas simplement transporter une exposition ailleurs. Cela suppose de repenser les formats, les échelles, les lieux, les usages, les temporalités, les modes d’adresse.

Cette idée paraît simple. Elle ne l’est pas. La logique muséale traditionnelle repose encore largement sur un centre : un lieu identifié, une collection, une institution, un parcours, des publics invités à venir. Or de nombreux publics restent à distance — distance géographique, sociale, culturelle, symbolique. Le problème n’est donc pas seulement celui de l’accès. Il est aussi celui de la forme même de la médiation. Que faut-il déplacer pour qu’une rencontre devienne possible ?

Le nano-musée est aujourd’hui notre manière de prolonger cette question. Pour l’instant, il existe comme projet : une idée, une architecture, un design, une hypothèse de travail inscrite dans le dossier SAPS. Sa mise en œuvre concrète commencera dans les prochains mois. Mais ce passage par l’écriture du projet est déjà important, parce qu’il permet de faire tenir ensemble plusieurs problèmes rencontrés au fil des années : la mobilité, la modularité, l’accessibilité, l’adaptation aux publics, la qualité des contenus, la relation au territoire et la lutte contre l’obsolescence des dispositifs.

 

La dimension modulaire est ici essentielle. Elle ne répond pas seulement à une contrainte technique. Elle traduit une position de médiation. Un dispositif scientifique ne devrait pas être pensé comme un objet fermé, achevé une fois pour toutes. Il devrait pouvoir évoluer, accueillir de nouveaux contenus, intégrer de nouveaux modules, s’adapter à différents lieux, à différents publics, à différents savoirs. Il devrait rester ouvert aux découvertes scientifiques, aux retours des publics, aux contraintes des lieux d’accueil, aux collaborations futures.

C’est sans doute là que se fait la synthèse des expériences accumulées ces sept dernières années. Les projets arts-sciences nous ont appris que la médiation ne se situe pas après la recherche, comme un simple moment de diffusion. Elle intervient dans la manière même de construire les objets, les récits, les images, les gestes, les dispositifs. Elle oblige à penser ensemble contenu scientifique, expérience sensible, conditions matérielles, publics et territoires.

Le nano-musée tente donc de donner une forme commune à des problèmes rencontrés séparément : comment sortir des lieux centraux ? comment rendre les savoirs sensibles ? comment construire des dispositifs non obsolescents ? comment faire tenir ensemble exigence scientifique, qualité esthétique et proximité avec les publics ? comment imaginer une médiation capable de se transformer avec le temps ?

Il y a là une figure de l’entre très concrète : entre musée et laboratoire, entre exposition et outil, entre médiation et création, entre objet à fabriquer et méthode à inventer, entre lieu culturel et territoire habité. Le nano-musée ne résout pas encore ces tensions. Il les prend comme point de départ.

Peut-être faut-il alors comprendre ce projet non comme un aboutissement, mais comme une nouvelle hypothèse de travail. Une hypothèse née de plusieurs années d’essais, pour que la science circule autrement, il ne suffit pas de changer les discours. Il faut changer les formes qui les portent. Il faut inventer des dispositifs capables d’aller vers les publics, mais aussi capables de se laisser transformer par eux, par les lieux, par les usages et par le temps

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Arts et Sciences

Biolaboratoire mobile : des données aux activations sensibles

En avril 2022, le Biolaboratoire mobile trouve une première forme publique. Le projet, lancé à partir d’un appel du Parc naturel marin de l’Estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis, est présenté à la Chapelle des Dames Blanches, dans le cadre du Festival ZERO1, avant de circuler ensuite dans plusieurs lieux du territoire : Saint-Georges-de-Didonne, l’île Madame et le Château d’Oléron.

Ce déplacement est important. Dès le départ, le Biolaboratoire n’est pas pensé comme une exposition fixe, ni comme une simple restitution scientifique. Il cherche plutôt à produire des situations sensibles autour des écosystèmes marins du Parc. Il s’agit de faire dialoguer des connaissances sur l’environnement marin avec des formes artistiques, numériques, visuelles et sonores.

Ce qui se présente aujourd’hui n’est donc pas un laboratoire au sens classique du terme. C’est un laboratoire déplacé, ouvert, traversé par des artistes, des étudiants, des chercheurs, des données, des récits, des matériaux, des sons, des gestes. Un laboratoire qui ne cherche pas seulement à expliquer les milieux marins, mais à les rendre perceptibles autrement.

Six artistes argentins et mexicains se sont approprié les écosystèmes du Parc pour construire des expériences sensibles. Certaines œuvres partent des hermelles, d’autres du maërl, des mouvements de la mer, des matériaux vibrants, des récits d’habitats ou de formes spéculatives d’exploration océanique. Les données scientifiques ne restent pas dans leur forme première. Elles passent dans des textiles brodés, des artefacts sensibles, des organismes robotiques, des compositions sonores, des dispositifs visuels ou des installations numériques.

Il y a là un déplacement essentiel. La donnée ne sert pas seulement à démontrer. Elle devient matière de traduction, de trouble, d’expérience. Elle quitte le tableau, la carte, le rapport, pour entrer dans d’autres régimes : celui du toucher, de l’écoute, du mouvement, de la lumière, de la fragilité. Elle n’est pas rendue plus simple. Elle est rendue plus proche.

Peut-être est-ce cela que le Biolaboratoire mobile permet d’éprouver : un savoir scientifique ne circule jamais seul. Il doit trouver des formes, des supports, des médiations, des corps pour le recevoir. Il doit parfois changer d’état. Une température devient broderie. Un mouvement marin devient marée artificielle. Un habitat devient récit. Une fragilité écologique devient expérience visuelle ou sonore.

La structure elle-même participe à cette transformation. Elle ne se contente pas d’accueillir les œuvres. Elle propose une forme zoomorphe, développée à partir de recherches sur le territoire et certaines morphologies osseuses d’animaux marins. Elle évolue avec les œuvres, comme si le dispositif devait lui aussi appartenir au monde qu’il cherche à rendre sensible.

Ce projet confirme une intuition formulée dès son lancement : aller vers les publics ne signifie pas seulement déplacer un contenu déjà prêt. Cela oblige à repenser la médiation elle-même. Les publics ne rencontrent pas seulement des informations sur les écosystèmes. Ils rencontrent des formes, des matières, des sons, des gestes, des situations. Ils ne sont pas seulement devant un discours ; ils sont pris dans une expérience.

Il y a ici une figure de l’entre très concrète : entre laboratoire et exposition, entre science marine et création numérique, entre donnée et sensation, entre territoire et dispositif mobile, entre connaissance et activation. Le Biolaboratoire ne résout pas ces tensions. Il les met au travail.

Sensibiliser aux milieux marins ne consiste pas seulement à mieux expliquer ce qui les menace ou ce qui les compose. Sensibiliser, c’est rendre sensible. C’est créer les conditions d’une rencontre avec ce qui, d’ordinaire, reste sous la surface : les habitats, les équilibres, les vulnérabilités, les présences discrètes, les interdépendances. Dans le Biolaboratoire mobile, les arts ne viennent pas illustrer la science. Ils l’aident à changer de forme pour rencontrer autrement les publics.