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Arts et Sciences

Programme INNOVART / Robotique et médiation culturelle : premiers déplacements franco-argentins

Dans le cadre du premier appel à projets du programme INNOVART, nous avons porté, avec deux universités argentines, un projet intitulé Robotique et médiation culturelle. À première vue, l’association peut surprendre. La robotique semble appartenir au monde de l’ingénierie, de l’automatisation, de l’intelligence artificielle ou de la performance technique. La médiation culturelle, elle, renvoie plutôt aux publics, aux œuvres, aux lieux, aux gestes d’accompagnement, aux manières de faire circuler un savoir ou une expérience. Entre les deux, l’écart paraît important. C’est précisément cet écart qui nous intéressait.

Le projet associe l’Université de La Rochelle, l’Universidad Nacional de Tres de Febrero et l’Universidad Nacional del Noroeste de Buenos Aires. Il prend place dans un espace de coopération où il ne s’agit pas seulement de transférer une technologie, ni d’appliquer un outil à un contexte culturel. Il s’agit plutôt de comprendre ce que la robotique peut faire à la médiation, et réciproquement, ce que les questions de médiation peuvent faire aux imaginaires techniques de la robotique.

Les premières missions réalisées entre la France et l’Argentine ont permis de rencontrer les équipes, de découvrir les lieux, les laboratoires, les terrains et les musées, puis de mettre en place un programme d’action coordonné. Cette étape peut sembler préparatoire. Elle est pourtant décisive. Un projet arts-sciences ou culture-technologie ne commence jamais vraiment avec un objet technique. Il commence avec des situations : des personnes qui se rencontrent, des langues qui se croisent, des institutions qui apprennent à travailler ensemble, des lieux dont il faut comprendre les usages, les contraintes, les publics et les attentes.

Le rapport d’exécution souligne d’ailleurs que les rencontres ont permis de mieux saisir « les enjeux, les problèmes, le public et le contexte dans lequel les robots vont évoluer ». Cette phrase est importante. Elle rappelle qu’un robot de médiation n’existe pas en général. Il n’existe qu’en situation : dans un musée, face à des visiteurs, au contact d’objets, de récits, de circulations, de malentendus possibles. La question n’est donc pas seulement : que peut faire un robot ? Mais plutôt : dans quel milieu agit-il, auprès de qui, selon quelles formes d’adresse, avec quels effets sur la relation culturelle ?

Le projet avance ainsi sur plusieurs plans à la fois. Sur le plan pédagogique, il implique des étudiants, des enseignants-chercheurs, des équipes techniques et des institutions partenaires. Sur le plan artistique, une partie du travail se développe du côté des universités argentines. Sur le plan informatique, une première partie du code destiné à permettre aux robots de communiquer entre eux est en cours de fabrication. Sur le plan de la recherche, les questions liées à la médiation deviennent un terrain d’analyse à part entière.

Ce qui se dessine ici est moins un objet stabilisé qu’un dispositif en formation. Robot, médiation, musée, public, code, récit, interaction : aucun de ces termes ne suffit seul à définir le projet. C’est leur mise en relation qui fait apparaître le problème. Le robot n’est pas seulement un outil technique ajouté à la médiation. Il devient un opérateur de déplacement. Il oblige à se demander ce que signifie accueillir, expliquer, guider, traduire, raconter, répondre, orienter. Il rend visibles des gestes que l’on croit parfois évidents lorsqu’ils sont accomplis par des médiateurs humains.

Il y a là, encore une fois, une figure de l’entre : entre médiation humaine et médiation automatisée, entre présence culturelle et comportement programmé, entre laboratoire et musée, entre France et Argentine, entre recherche appliquée et expérimentation située. Le projet ne cherche pas à effacer cet entre. Il s’y installe. Il accepte que la robotique, pour devenir culturelle, doive être déplacée hors de ses évidences techniques ; et que la médiation, pour rencontrer la robotique, doive reformuler certaines de ses habitudes.

La suite du projet devra permettre d’entrer dans une deuxième phase : fabrication, tests, ajustements, expérimentations. C’est sans doute là que les questions les plus intéressantes apparaîtront. Non pas seulement lorsque le robot fonctionnera, mais lorsqu’il ne fonctionnera pas tout à fait comme prévu ; lorsqu’un public l’ignorera, le détournera, le questionnera ; lorsqu’un geste technique fera surgir un problème de langage, de présence ou de confiance.

Peut-être faut-il commencer par là : un robot de médiation n’est pas une réponse. C’est une manière de poser autrement la question de la relation culturelle. Qui parle ? À qui ? Avec quel corps ? Avec quelle voix ? Depuis quel savoir ? Et que devient la médiation lorsqu’une part de cette relation passe par une machine ?