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Nouvelles technologies

Après Google Glass : un écran peut-il se porter sur le visage ?

Les Google Glass semblent déjà appartenir à un passé récent. Présentées quelques années plus tôt comme l’un des signes possibles du futur — un écran léger, posé devant l’œil, capable d’accompagner les gestes quotidiens — elles disparaissent presque aussi vite qu’elles étaient apparues. En janvier 2015, Google met fin à son programme Explorer, qui permettait à certains utilisateurs d’acheter et de tester le dispositif.

Et pourtant, quelque chose reste. Non pas l’objet, peut-être, ni même sa promesse commerciale, mais une question : que se passe-t-il lorsque l’écran quitte la main pour venir se placer sur le visage ?

Avec le téléphone, l’écran reste encore un objet que l’on sort, que l’on tient, que l’on consulte, puis que l’on range. Il interrompt le monde, mais il ne se confond pas tout à fait avec le regard. Les Google Glass proposent autre chose : une image qui accompagne l’œil, une information suspendue devant le champ visuel, une caméra portée à hauteur de visage. Ce n’est plus seulement voir avec un appareil. C’est presque être vu comme quelqu’un qui peut voir, enregistrer, recevoir, répondre autrement.

C’est peut-être là que le trouble commence. Les lunettes ne sont pas seulement un écran miniaturisé. Elles touchent à quelque chose de plus sensible : le visage, le regard, la relation avec les autres. Face à quelqu’un qui porte des lunettes connectées, que voit-on ? Une personne ? Une caméra ? Un spectateur augmenté ? Un possible enregistrement ? La question technique devient immédiatement sociale.

L’échec relatif de Google Glass ne signifie donc pas forcément que l’idée disparaît. Il montre plutôt que le regard appareillé ne s’impose pas si facilement dans l’espace commun. On peut accepter un téléphone dans une main, même lorsqu’il filme. On accepte moins facilement un dispositif qui transforme le visage lui-même en interface.

Il y a là une figure de l’entre assez fragile : entre œil et écran, entre regard et captation, entre usage personnel et inquiétude collective. Les Google Glass n’ont peut-être pas trouvé leur place dans la vie quotidienne. Mais elles auront au moins rendu visible une frontière : celle qui sépare encore l’écran que l’on regarde de l’écran à travers lequel on regarde.