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Festival ZERO1

ZERO1 : un terrain d’expérimentation pour les arts et les cultures numériques

La deuxième édition du Festival ZERO1 s’est tenue à La Rochelle du 24 au 26 mars 2016. Pensé comme un rendez-vous consacré aux arts hybrides et aux cultures numériques, le festival s’affirme progressivement comme un espace d’expérimentation, de transmission et de recherche situé au croisement de la création artistique, des technologies, des sciences humaines et des pratiques de médiation. Son intérêt ne tient pas seulement à la diversité des propositions programmées, mais à la manière dont il permet de faire apparaître un champ de travail encore instable, traversé par des formes hétérogènes, des vocabulaires multiples et des pratiques difficiles à ranger dans les catégories artistiques traditionnelles.

L’édition 2016 a permis de réunir des propositions très différentes : web documentaire, projections, installations interactives, dispositifs sonores, expérimentations autour du jeu vidéo, du cinéma, de la captation, du vivant et des technologies numériques. Cette diversité constitue l’un des enjeux principaux du festival. ZERO1 ne se présente pas comme une simple vitrine de l’innovation technologique. Il cherche plutôt à créer les conditions d’une rencontre entre des œuvres, des publics, des lieux et des questions. Que produit une image lorsqu’elle devient interactive ? Comment un dispositif technique transforme-t-il notre rapport au corps, à l’espace ou au récit ? En quoi une installation numérique peut-elle devenir un objet de médiation, voire un instrument critique pour penser notre environnement culturel ?

Plusieurs propositions de cette édition rendent visibles ces déplacements. Phonofolium, de Scenocosme, travaille par exemple à partir d’une hybridation entre végétal et technologie numérique. L’œuvre repose sur l’idée que les plantes peuvent être envisagées comme des capteurs sensibles, réagissant à des flux et à des présences. À travers ce type de dispositif, la technologie ne fonctionne pas comme une couche spectaculaire ajoutée au vivant, mais comme un moyen de rendre perceptibles des relations invisibles entre corps, environnement et matière organique. Les artistes Scenocosme développent précisément une approche de l’interactivité dans laquelle l’œuvre existe et se transforme par les relations corporelles et sociales des spectateurs.

D’autres propositions déplacent le regard vers l’image documentaire, la narration audiovisuelle ou les pratiques du jeu. La présence d’un web documentaire, de projections liées à l’INRIA, ou encore d’une rencontre intitulée « Mécanique, dynamique, esthétique, comment le jeu fait sens ? » indique que ZERO1 cherche à prendre au sérieux des formes souvent considérées comme périphériques dans le champ artistique. Le jeu vidéo, en particulier, n’y apparaît pas seulement comme un objet ludique ou industriel, mais comme un système de règles, d’interactions, de gestes et de récits capable de produire du sens. Interroger sa mécanique, sa dynamique et son esthétique revient à analyser la manière dont une expérience est construite, orientée, éprouvée et interprétée par le joueur.

Cette orientation est importante pour la recherche. Les arts numériques ne peuvent pas être étudiés uniquement à partir des objets finis. Ils nécessitent d’observer des situations : des dispositifs installés, des corps en interaction, des médiations, des hésitations, des usages imprévus, des temporalités de montage, de monstration et de réception. Le festival devient ainsi un laboratoire à ciel ouvert, non pas au sens d’un espace scientifique contrôlé, mais au sens d’un terrain où les œuvres sont mises à l’épreuve du public, des lieux et des contraintes concrètes de leur présentation.

La Rochelle offre à cet égard un contexte particulièrement fécond. Le festival ne se limite pas à une salle d’exposition ou à un espace spécialisé. Il peut investir différents lieux, circuler entre des institutions, des espaces patrimoniaux, des lieux universitaires ou culturels, et produire des formes de rencontre entre des publics variés. Cette dimension située est essentielle. Elle permet de comprendre les œuvres numériques non comme des objets déterritorialisés, mais comme des formes qui prennent sens dans un contexte précis : une ville, des parcours, des partenaires, des temporalités, des usages.

ZERO1 joue également un rôle pédagogique. Le festival permet d’associer des étudiants à des situations professionnelles réelles : programmation, médiation, production, communication, accueil des artistes, documentation, relation aux publics. Cette dimension transforme le festival en outil de formation par l’expérience. Les étudiants ne sont pas seulement confrontés à des contenus théoriques ; ils participent à la construction d’un événement, à ses arbitrages, à ses imprévus et à ses conditions matérielles. Le festival devient ainsi un dispositif d’apprentissage situé, dans lequel la recherche, la création et la professionnalisation se croisent.

Pour GIRAFE, ce terrain ouvre plusieurs pistes de travail. La première concerne les figures de l’entre : entre art et technologie, entre œuvre et dispositif, entre spectateur et utilisateur, entre médiation et expérimentation, entre espace culturel et espace pédagogique. La deuxième concerne les formes de recherche en situation : comment écrire à partir d’un festival ? Comment analyser des œuvres qui ne se réduisent ni à des images, ni à des textes, ni à des objets, mais qui prennent forme dans une expérience ? La troisième concerne la question des hybridations : non pas comme simple mélange de disciplines, mais comme production de formes nouvelles, souvent instables, qui obligent à déplacer nos catégories d’analyse.

C’est précisément cette instabilité qui rend ZERO1 intéressant. Les œuvres présentées ne relèvent pas toujours d’un genre clairement identifié. Certaines empruntent au cinéma, au jeu, à l’installation, à la performance, au documentaire, à l’art sonore ou à la recherche scientifique. Elles mobilisent des technologies — captation, projection, interaction, modélisation, interfaces, données — mais elles ne s’y résument pas. Ce qui importe est moins la nouveauté technique que la manière dont ces technologies reconfigurent une relation : relation au vivant, au récit, au corps, au regard, à l’espace ou au savoir.

Après cette deuxième édition, ZERO1 apparaît donc comme bien plus qu’un événement culturel. Il constitue un observatoire des mutations contemporaines de la création. Il permet de suivre, année après année, la manière dont les pratiques artistiques intègrent, détournent ou critiquent les technologies numériques. Il rend également possible une recherche plus réactive, plus proche des œuvres et des situations concrètes, attentive aux processus autant qu’aux résultats.

C’est dans cette perspective que le carnet GIRAFE accompagnera désormais le développement du festival. Il s’agira d’y publier des notes, des analyses, des entretiens, des comptes rendus et des hypothèses de recherche issues de ce terrain. Le carnet ne cherchera pas à stabiliser trop rapidement ce qui est encore en mouvement. Il assumera au contraire sa fonction de cahier : un espace pour documenter, formuler, reprendre, partager et mettre au travail une recherche en cours.

ZERO1 devient ainsi, pour GIRAFE, un lieu d’observation et d’écriture. Un lieu où les arts, les sciences, les technologies et les médiations ne sont pas seulement mis en relation, mais éprouvés dans leurs tensions, leurs frictions et leurs possibilités. Un lieu de l’entre, précisément.