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Arts et Sciences

Arts et sciences : ce que les réseaux rendent possible

Le 21 novembre 2019, la journée professionnelle organisée à la MÉCA dans le cadre de FACTS – Arts et Sciences de l’Université de Bordeaux proposait de déplacer légèrement la question. Il ne s’agissait plus seulement de demander pourquoi rapprocher les arts et les sciences, ni même comment faire travailler ensemble artistes, chercheurs, institutions et publics. La table ronde portait sur un autre mot, plus discret peut-être, mais décisif, les réseaux.

FACTS s’inscrit déjà dans un paysage structuré. L’OARA, partenaire du festival depuis sa première édition, est adhérent du réseau national TRAS – Transversal Arts & Sciences. La journée réunissait ainsi des expériences venues d’Occitanie, d’Île-de-France et de Nouvelle-Aquitaine, autour d’une même question : comment partager une vision commune de la relation entre arts et sciences, et de son rôle dans la société et les territoires ?

Cette question paraît simple. Elle ne l’est pas. Un projet arts-sciences ne tient jamais seulement à la rencontre entre un artiste et un laboratoire. Il dépend aussi de lieux, de calendriers, de médiations, de financements, de manières d’accueillir, de produire, de documenter, de montrer. Il dépend surtout de relais. Sans réseau, l’expérience risque de rester isolée, ponctuelle, parfois magnifique, mais difficile à prolonger.

Le réseau n’est donc pas seulement un outil de diffusion. Il est une condition de possibilité. Il permet aux initiatives de se reconnaître entre elles, de circuler, d’apprendre les unes des autres, de nommer des difficultés communes. Il rend visibles des pratiques qui, sans cela, resteraient dispersées : résidences en laboratoire, œuvres issues de collaborations scientifiques, dispositifs de médiation, formes hybrides de recherche, expérimentations pédagogiques, créations situées.

Mais il y a aussi un risque. À force de structurer, de nommer, de professionnaliser, le réseau peut donner l’impression que la rencontre arts-sciences est déjà stabilisée, qu’elle possède ses formats, ses mots, ses procédures, ses attendus. Or ce qui fait la force de ces projets vient souvent de leur fragilité même : du temps nécessaire pour comprendre l’autre, des malentendus, des écarts de langage, des objets qui ne savent pas encore s’ils sont œuvres, expériences, prototypes, outils ou récits.

C’est peut-être là que se joue aujourd’hui l’enjeu principal. Comment construire des réseaux capables de soutenir sans trop normaliser ? Comment donner de la durée à des expériences qui naissent souvent de situations singulières ? Comment faire exister une politique territoriale des arts et des sciences sans transformer la convergence en simple mot d’ordre ?

La journée de la MÉCA donnait à entendre cette tension. Entre les spectacles, les installations, les salons d’artistes, les rencontres professionnelles et les tables rondes, ce n’était pas seulement un secteur qui se présentait. C’était un écosystème en train de chercher ses formes. Un écosystème fait d’institutions culturelles, d’universités, de laboratoires, d’artistes, de réseaux nationaux, de lieux de diffusion, de collectivités et de publics.

Peut-être faut-il alors penser les arts et les sciences moins comme deux domaines à réunir que comme un ensemble de situations à relier. Le réseau devient important lorsqu’il ne se contente pas de mettre des noms sur une carte, mais lorsqu’il permet de faire circuler des expériences, des questions, des méthodes, des œuvres et des doutes.

Il y a là, encore une fois, une figure de l’entre : entre création et recherche, entre laboratoire et scène, entre territoire et institution, entre événement ponctuel et politique de long terme. Le réseau ne résout pas cet entre. Il lui donne un espace pour se déployer


Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons Attribution Utilisation non commerciale 4.0 International. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont “Tous droits réservés”, sauf mention contraire.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Diego Jarak (24 novembre 2019). Arts et sciences : ce que les réseaux rendent possible. G·I·R·A·F·E. Consulté le 18 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16al8


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